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plus accessibles quaux grandes fortunes dès quon leurdonne limportance dun manuscrit.

On nous comprendra en se rappelant la distinctionqui doit exister entre lart et lindustrie, entre la pro-duction du génie individuel et la reproduction machi-nale indéfinie.

Le propre de lindustrie est la reproduction prompte,illimitée et à bas prix de tous les objets dune utilité gé-nérale.

Lart, au contraire, ne compte pour rien la prompti-tude dexécution, la quantité, le prix de fabrication ni lebesoin des masses. Lart ne peut intervenir dans lindus-trie que jusquà certaine limite, passé laquelle les avan-tages propres à lindustrie commencent à disparaître.

Ainsi, un livre tiré à grand nombre, au prix de 3 à4 francs par volume, est un produit industriel qui de-vient un objet dart par laddition dornements gravés,dorés, coloriés, et par celle dune magnifique reliure.

Lamour-propre ne porte que trop souvent un artisanhabile à rivaliser avec lartiste ; cest là sa pierre da-choppement.

Lamour-propre de la librairie française lui a faitfranchir les limites de lindustrie. Nous craignons quilnen soit de tout ainsi ; par exemple, des machines dontle poli, donné à grands frais aux parties qui nen écla-ment point, augmente le prix sans utilité.

Il manque aux industriels un tableau statistique desfortunes pour bien asseoir leur spéculation. Lartistenen à pas besoin. Comme il ne fait que des pièces ex-ceptionnelles, il trouve presque toujours un amateurdoriginaux, quel quen soit le prix. Un artiste horlogerqui avait exposé une montre de cristal de soixante